Afrique : quelles opportunités pour les expats au coeur de la crise ?

Vie pratique

  • Dar Es Salaam, ville africaineShutterstock.com

Publié le 2021-11-17 à 10:00 par Mikki Beru

Optimisme affiché pour la dernière édition de l’Africa’s Pulse, rapport de la Banque Mondiale. Avec une croissance estimée de 3,3%, l’Afrique sort officiellement de la récession. Cela reste moins que celle des autres continents (5,9% en Amérique latine, ou 6% en Asie), mais la reprise est bien là. Contrairement aux prévisions pessimistes, la Covid-19 n’aura pas eu raison du continent.

Au contraire, des pays ont su tirer l’économie vers le haut. L’Afrique du Sud, l’Algérie, le Kenya, l’Égypte, l’Éthiopie, le Nigéria, le Maroc, l’Angola, la Tanzanie et Ghana sont les dix pays les plus riches en 2021, avec des taux de croissance compris entre 3 et plus de 5%, et des recrutements qui repartent à la hausse. Quelles opportunités pour les expatriés ?

Afrique : les secteurs qui recrutent en 2021

Comme de nombreux autres pays du monde, la technologie de pointe propulse les économies africaines : programmation, développement, informatique, ingénierie… Des métiers d’avenir sur lesquels misent les États et la jeunesse africaine. Les métiers de la santé et des énergies vertes sont aussi en plein essor. La pandémie a rendu l’urgence plus prégnante encore. Les États comme le Kenya, l’Éthiopie et la Tanzanie se sont lancés dans le développement de panneaux solaires. Le Maroc accélère son passage à l’économie verte : lors de la COP26, il annonce viser 60% d’électricité renouvelable d’ici à 2030. Le pays se révèle aussi dans les secteurs de la vente, de la finance, de l’IT et du BTP. Côté services, les centres d’appels marocains restent parmi les plus compétitifs du marché. Les postes de responsable marketing, consultant en management, analyste financier, développeur, responsable financier sont particulièrement recherchés.

Les mêmes secteurs sont aussi en expansion au Nigéria. Télécoms, santé, programmation informatique, ingénierie aéronautique, ingénierie pétrolière, banque… les entreprises recrutent. Parmi eux, les métiers de pointe et les postes à responsabilité (responsable CEO, ingénieur pétrolier…) sont particulièrement recherchés. L’industrie cinématographique est elle aussi en effervescence. Désormais reconnu dans le monde entier, le cinéma nigérian est en pleine croissance. Le 28 novembre prochain, Lagos accueillera la 17e édition des Africa Movie Academy Awards (AMAA).

Ça bouge aussi en Algérie. Une enquête conjointe de la Chambre algérienne de commerce et d’industrie (CACI) et l’entreprise Emploitic révèle des chiffres optimistes concernant l’emploi. Si la majorité des entreprises interrogées (64%) a souffert de la crise, 36% d’entre elles ont continué de recruter malgré la crise, et 38% envisagent d’augmenter leurs effectifs. Trois secteurs se distinguent particulièrement : l’industrie, la distribution et les services. La grande distribution et les métiers du commerce sortent grands gagnants; ils ont su résister à la crise sanitaire et poursuivent leur progression. 

Prisée par les expatriés pour son cadre de vie, l’île Maurice fait partie des leaders africains. Les perspectives d’emploi y sont nombreuses; là encore, l’économie de pointe se démarque : nouvelles technologies, agro-alimentaire, finance, informatique (développement informatique, programmation). Mais l’île, à l’instar de tous les pays africains, a souffert de la Covid-19. Si les pays d’Afrique se relèvent, ils subissent également une hausse du chômage. L’île Maurice s’en sort le mieux, avec 9,5% de chômage au premier trimestre 2021 (à peine un point de plus que la France à la même période). Mais le chômage grimpe, et menace la reprise économique : 14% en Algérie, plus de 10% en Éthiopie… Face au désarroi des habitants, les chefs d’État mettent en place d’ambitieuses politiques de relance. Si l’heure reste au recrutement des talents, l’on cherche avant tout parmi la population locale. Les expatriés trouveront-ils des opportunités ?

Les nouveaux enjeux de l’expatriation en Afrique

Que recherchent les expatriés ? Et qui les recherche ? La pandémie a bouleversé le monde du travail. En Afrique comme ailleurs, le télétravail a réorganisé la manière de concevoir le travail. Plus besoin d’aller au bout du monde. Les pays misent sur le local pour relancer des économies malmenées par la Covid. Car il n’est plus si rare de trouver des talents locaux, bien plus compétitifs et bien moins coûteux que les expatriés. Pour The Economist, le temps des « globe-trotteurs de la classe-affaire dont la carrière consiste essentiellement à faire la navette entre Bombay, Abou Dhabi et Lagos » est fini. 

Une autre donnée explique la difficulté pour les expatriés de percer le marché du travail africain. Dans l’imaginaire collectif, l’Afrique reste ce continent riche en matières premières, mais frappé par une pauvreté et une insécurité politique systémique, et un manque de talents. Les postes susceptibles de convenir aux expatriés (postes à responsabilité) ne se trouveraient que dans les organisations et entreprises internationales. Les expatriés eux-mêmes se construiraient un cadre de vie à part, fait d’importation de produits occidentaux prompts à faire flamber les prix de l’immobilier et de la consommation. C’est cette image que les nouveaux leaders africains entendent combattre. À l’instar de Singapour, ils militent pour une plus grande mise en avant des potentiels africains. Ces hommes et femmes d’affaires jouent sur un double tableau : privilégier les talents locaux, et exporter le savoir-faire africain dans le monde. Créé en 2012, l’African CEO Forum rassemble décideurs africains, entreprises internationales, investisseurs… L’édition de septembre 2021 – 100% numérique, Covid-19 oblige – a notamment mis en avant les nouvelles start-up africaines. Évoluant principalement dans les nouvelles technologies, la finance et la greentech, leur chiffre d’affaires dépasse le milliard de dollars. Autre organisation, le Forum International de la Femme Africaine (FIFAF) promeut le leadership féminin dans le monde politique et économique. Pour Dorcas Nancy Mbombo Mukenge, présidente de l’organisation, la FIFAF doit faire avancer le processus de parité. 

L’expatrié a cependant sa place dans cette nouvelle architecture. La condition : s’immerger au mieux dans son pays d’adoption, tout comme il le ferait pour un autre État du monde. Bannir tout relent colonialiste, apprendre la langue, comprendre la culture locale, savoir se faire aider, se mettre dans la position de celui qui reçoit. Autant l’expatrié vient apporter son expertise, autant – comme pour n’importe quelle expatriation – il reçoit de ses nouveaux collègues et supérieurs. C’est dans ce partenariat que doit s’entendre tout projet d’immigration; particulièrement en Afrique, sous-estimée à tort, rappellent les leaders africains. Eux voient en la crise sanitaire une possibilité de repartir de zéro, en intégrant les nouveaux défis environnementaux, politiques et économiques, pour que les États africains connaissent une croissance durable.

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