Sahel/Barkhane : Nouveau coup de froid sur les relations diplomatiques entre la France et le Mali

PAR LAURENT LAGNEAU · 6 OCTOBRE 2021

En février 2020, lors d’une audition au Sénat, l’ambassadeur du Mali en France, Toumani Djimé Diallo, s’était attiré les foudres de la diplomatie française – et de sa hiérarchie – pour avoir accusé les légionnaires de laisser libre court à de mauvais penchants dans les rues de Bamako. L’État-major des armées [EMA] avait alors immédiatement réagi à de tels propos en affirmant que la Légion étrangère n’avait jamais été « stationnée à Bamako ».

Mais cette sortie valut au diplomate d’être convoqué au Quai d’Orsay. Puis il fut rappelé par son gouvernement afin de renforcer les « relations d’amitié et de coopération » entre le Mali et la France. Seulement, si un tel épisode venait à se reproduire, il n’est pas certain que l’attitude des autorités maliennes actuelles soit la même…

Les relations entre Paris et Bamako ont en effet commencé à se dégrader après le renversement du président Ibrahim Boubacar Keïta [dit IBK] par un groupe d’officiers des Forces armées maliennes [FAMa], dirigé par le colonel Assimi Goïta, lequel a ensuite été à l’origine d’un second coup de force, en mai dernier.

Puis, l’annonce de la réorganisation du dispositif militaire français au Sahel, faite en juin, est l’argument avancé par le gouvernement malien de transition pour justifier son intention de recourir aux services de la société militaire privée [SMP] Wagner, proche du Kremlin. Pour Paris, il s’agit d’une ligne rouge que Bamako doit se garder de franchir…

« Même au Mali, nous ne sommes plus dans un face-à-face [avec les groupes jihadistes], nous sommes confrontés aussi à un autre compétiteur stratégique, la Russie, qui redistribue les cartes », a ainsi récemment résumé le général Thierry Burkhard, le chef d’état-major des armées [CEMA], selon Le Figaro.

Cela étant, à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, fin septembre, le chef du gouvernement malien de transition, Choguel Kokalla Maïga, n’a pas retenu ses critiques à l’endroit de la France, qui venait alors de perdre l’un de ses soldats lors de combats au Mali. « La nouvelle situation née de la fin de Barkhane, plaçant le Mali devant le fait accompli et l’exposant à une espèce d’abandon en plein vol, nous conduit à explorer les voies et moyens pour mieux assurer la sécurité de manière autonome avec d’autres partenaires », a-t-il affirmé, regrettant que le « principe de consultation et de concertation, qui doit être la règle entre partenaires privilégiés, n’ait pas été observé en amont de la décision ».

Au niveau politique, la ministre française des Armées, Florence Parly a vivement réagi à de tels propos, en disant y voir « beaucoup d’hypocrisie, beaucoup de mauvaise foi, beaucoup d’indécence ». Puis, plus tard, le président Macron s’est dit « choqué » par les mots de Choguel Kokalla Maïga, les qualifiants « d’inacceptables ». « Alors que hier nous avons présidé à l’hommage national au sergent Maxime Blasco [tué le 24 septembre au Mali, ndlr], c’est inadmissible. C’est une honte et ça déshonore ce qui n’est même pas un gouvernement », a-t-il affirmé, avant de souligner que « la légitimité du gouvernement [de transition malien actuel] était démocratiquement nulle »

Les autorités de transition malienne auront pris le temps de réagir à leur tour. En effet, une semaine après la « charge » de M. Macron à leur endroit, elles ont indiqué avoir convoqué l’ambassadeur de France au Mali, Joël Meyer, pour lui faire part de leur « mécontentement » et de leur « indignation » après les propos jugés « inamicaux » et « désobligeants » du locataire de l’Élysée.

Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a « signifié au diplomate français l’indignation et la désapprobation du gouvernement du Mali et élevé une vive protestation contre ces propos regrettables, qui sont de nature à nuire au développement de relations amicales entre nations », a-t-il été expliqué dans un communiqué.

En outre, poursuit le texte, M. Diop a « invité les autorités françaises à la retenue, en évitant des jugements de valeur et appelé à une approche constructive basée sur le respect mutuel, en vue de se concentrer sur l’essentiel, notamment la lutte contre le terrorisme au Sahel ».

Cette convocation de l’ambassadeur de France au Mali est la seconde d’un diplomate français en quelques jours. En effet, l’Algérie en a fait de même pour protester contre la décision de Paris de réduire le nombre de visas accordés aux ressortissants algériens.

Puis Alger a ensuite rappelé son ambassadeur en poste à Paris en réponse à des propos tenus par M. Macron, ce dernier ayant évoqué une « rente mémorielle » entretenue par le « système politico-militaire » algérien et reposant sur une « histoire officielle » qui, « totalement réécrite », ne « s’appuie pas sur des vérités » mais sur « un discours qui repose sur une haine de la France ».

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