Sophie Pétronin : Le retour de l’ex-otage au Mali peut-il tendre davantage les relations Paris-Bamako ?

AFRIQUE  La révélation de la présence au Mali de l’ex-otage survient alors que les tensions entre Paris et Bamako sont au plus haut Marie De FournasPublié le 03/11/21 à 18h47 — Mis à jour le 03/11/21 à 20h16

Sophie Pétronin était revenue sur le sol français en octobre 2020, après avoir été retenue pendant près de quatre ans par des djihadistes au Mali.
Sophie Pétronin était revenue sur le sol français en octobre 2020, après avoir été retenue pendant près de quatre ans par des djihadistes au Mali. — Eliot Blondet-Pool/SIPA
  • Plusieurs médias français ont révélé mardi que l’ex-otage Sophie Pétronin était retournée de façon illégale au Mali voici plusieurs mois, et que les gendarmes du pays étaient à sa recherche.
  • Cette affaire survient alors que les tensions entre le Mali et la France sont au plus haut, sur fond d’opération Barkhane.
  • Selon les experts interrogés par 20 Minutes, le cas de Sophie Pétronin, mineur à première vue, pourrait être instrumentalisé par le gouvernement malien, autant pour faire pression sur la France que pour apaiser les tensions avec Paris.

Mardi, Mediapart et RFI ont révélé, à la surprise générale, que Sophie Pétronin était retournée au Mali. L’humanitaire de 76 ans serait entrée illégalement sur le sol malien avec son fils en mars dernier, soit moins de six mois après sa libération.

L’annonce a provoqué l’ire du gouvernement français, qui a jugé « irresponsable »l’acte de l’ex-otage, retenue pendant près de quatre ans par un groupe djihadiste dans le nord du pays. L’événement intervient en pleine crise diplomatique entre la France et le Mali. Et si l’affaire semble mineure, la symbolique derrière, elle, l’est beaucoup moins.

Le retour de Sophie Pétronin au Mali était-il vraiment un secret ?

Vendredi soir, la Direction générale de la gendarmerie malienne a lancé un avis de recherche à l’encontre de l’ex-otage française, expliquant que sa présence avait été signalée au sud du pays. Pourtant, la venue de Sophie Pétronin sur le sol malien ne date pas de ce week-end, mais de mars dernier. Selon une information de RFI, après plusieurs demandes de visas refusées par Bamako, elle se serait rendue au Sénégal avec son fils Sébastien et aurait franchi la frontière malienne par la route. « A la frontière entre le Sénégal et le Mali, il y a des gendarmes qui contrôlent l’identité d’absolument tout le monde », indique le docteur en sciences politiques et chargé de cours à Sciences Po Lyon M’Baha Moussa Sissoko.

Or, selon des sources proches de sa famille, Sophie Pétronin n’aurait jamais caché son identité aux agents de police, rapporte RFI. « La présence de Sophie Pétronin était donc un secret de polichinelle, les autorités maliennes étaient au courant depuis le début, mais ils la toléraient », assure M’Baha Moussa Sissoko. Le timing de cette révélation ne relèverait donc pas forcément du hasard.

La présence de l’ex-otage au Mali peut-elle avoir un impact sur les relations franco-maliennes ?

Comme le rappelle le chercheur à l’IRIS Serge Michailof, la venue de Sophie Pétronin est « un sujet mineur et secondaire par rapport à d’autres, comme la possible installation de la société militaire privée russe Wagner au Mali, ou encore la question de savoir si la France va maintenir sa base à Gao ». En effet, les relations entre Paris et le Bamako se sont considérablement détériorées depuis septembre, notamment lorsque le Premier ministre, Choguel Kokalla Maïga, a accusé la France d’un « abandon en plein vol » après que celle-ci a décidé de diviser par deux les effectifs de l’opération antiterroriste Barkhane.

« La question de Sophie Pétronin est donc un épiphénomène, mais il y a une instrumentalisation de son cas par le gouvernement malien dans un contexte géopolitique très tendu et très trouble avec la France », rapporte Caroline Roussy, chercheuse à l’IRIS. « Est-ce pour rappeler à la France que Sophie Pétronin a été libérée grâce aux discussions du Mali avec les djihadistes ? », s’interroge l’experte. Ou cela a-t-il un rapport avec le fait que « la libération de Sophie Pétronin avait coïncidé avec le redéploiement tactique de l’opération Barkhane ? », se demande encore Caroline Roussy.

Pour M’Baha Moussa Sissoko, « c’est probablement pour susciter un rapprochement avec la France » que sa présence a été rendue publique par le gouvernement malien. Un prétexte, donc, après que le Premier ministre malien a appelé « à renouer le dialogue avec la France », assure le spécialiste du Mali.

Quel sera le sort de Sophie Pétronin lorsqu’elle sera retrouvée ?

Sur ce que décidera le gouvernement malien une fois que les gendarmes auront arrêté Sophie Pétronin, les experts ne sont pas tous d’accord. Pour Serge Michailof, il y a de très fortes chances que l’ex-otage soit « directement expulsée, car elle est entrée illégalement ». Bamako enverrait ainsi un message à Paris sur la question de l’immigration illégale. « Une façon de dire : « vous ne voulez pas de nous ? Nous allons réagir de manière symétrique » », complète Caroline Roussy.

Mais Bamako pourrait aussi « montrer un signe d’apaisement envers la France », selon M’Baha Moussa Sissoko, qui n’exclut pas la possible régularisation de la septuagénaire. « D’autant que Sophie Pétronin est pleinement intégrée dans la société malienne. » Elle était effectivement installée depuis 2001 à Gao, a une fille adoptive au Mali et est devenue musulmane, la religion pratiquée par 90 % des habitants du pays. « Elle se sent plus Malienne que Française », assure le docteur en sciences politiques.

Quel événement est susceptible de dégrader la situation ?

Dans la situation actuelle, la présence de Sophie Pétronin pourrait donc avoir un impact symbolique sur les relations franco-malienne, en négatif ou en positif. En revanche, si l’humanitaire venait à se faire enlever de nouveau par des djihadistes, la situation ne serait pas la même. « Elle a déjà coûté assez cher au Mali », souligne Serge Michailof, faisant référence aux 200 djihadistes libérés en échange de l’otage, « dont cinq-six figures assez importantes du mouvement ».

« La France aussi a de quoi être fâchée, car elle a dû payer d’une façon ou d’une autre sa libération », poursuit l’expert. Le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a d’ailleurs déjà affirmé que l’acte de Sophie Pétronin mettait en danger « sa sécurité », mais aussi « la sécurité de nos militaires ». Selon M’Baha Moussa Sissoko, si elle retourne dans le nord du pays dans son ONG, à Gao, « il y a effectivement de fortes chances qu’elle soit faite prisonnière ».

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